1675 - Lettres patentes de garde
de la fontaine minérale de Vic en Carladez

En ces temps de canicule où l’hydratation est capitale, les Archives du Cantal ont choisi de vous présenter un document à la lecture rafraichissante. Il s’agit d’une lettre patente du 30 mars 1675, par laquelle, Antoine Daquin, conseiller du roi, premier médecin de sa majesté, surintendant général des bains, eaux et fontaines minérales et médicinales de France, accorde à Christophe de Vic de Comblat la charge de « garde de la fontaine minérale de Vic en Carladez ». On sait aujourd’hui que cette source est connue depuis au moins l’Antiquité. Certains érudits situent même son origine à l’époque celtique. D’après son étymologie, Vic devrait son nom à sa source minérale, « Vich » ou « Vick » signifiant en langue celtique : « force », « vertu » et par extension « minéral ». Vic aurait donc été édifiée près d’une source dont l’eau, par l’effet des sels minéraux qu’elle contient, a de la force et de la vertu. C’est ce même radical « Vich » que l’on retrouve dans Vichy . Il ne s’agit là toutefois que d’une simple hypothèse que rien n’est venu jusqu’ici confirmer.
Les historiens pensent, quant à eux, que l’origine de Vic serait moins ancienne et ne remonterait qu’à l’époque gallo-romaine, le nom de Vic dérivant du latin « vicus » : le village. Les découvertes archéologiques faites lors de fouilles opérées au cours des XVIIe et XIXe siècle pour l’exploitation de la source minérale, poteries, canalisations ou médailles, confirment que la source était connue et fréquentée par les gallo-romains. Ils allaient « ad aquas » (aux eaux), et rendaient un culte à la divinité de la source, qu’ils honoraient par des gratifications : pièces de monnaie, ex-voto… D’après les géologues, la source disparait ensuite au haut Moyen âge, ensevelie par un glissement de terrain. Elle n’est redécouverte que mille ans plus tard, à la fin du XVIe siècle. La légende raconte qu’un jeune pâtre qui, ayant remarqué la préférence des vaches, à s’abreuver à son courant, la goûta à son tour, avant de lancer une sentence devenue légendaire : « Obon trouva une aïgo meilhouro que lou bit », une eau meilleure que le vin ! Plusieurs actes publics ou privés, la désignent ensuite sous le nom de « la font salado », la fontaine salée, ce qui s’explique par la présence de chlorure de sodium dans l’eau.
Peu après sa redécouverte, la source minérale donna naissance à de nombreux procès dont les différentes pièces de procédures sont devenues une précieuse mine de renseignements pour les historiens. L’une de ces décisions, un arrêt rendu par la Cour royale du Carladez, le 17 juin 1611, nous apprend que la date du commencement de l’exploitation de la source peut être fixée au plus tard vers 1600. Dans cet arrêt, les habitants de Vic se plaignent que le seigneur de Comblat, qui leur a concédé le droit « d’user et jouir de d’une fontaine minérale servant à plusieurs maladies à laquelle de toutes parts depuis dix ans ou plus affluent personnes valétudinaires et indisposées » a comblé ladite fontaine. Le seigneur reconnait en avoir autorisé « charitablement » l’usage mais se plaint que les buveurs occasionnent dans les prés voisins de grands dégâts. Il ne veut cependant pas en interdire l’usage à la population « puisque Dieu la donne pour leur santé et soulagement pourvu qu’il soit désintéressé ». Au regard de ces éléments, la cour ordonne que ceux qui viendront boire « de ladite eau bailleront annuellement et une fois seulement, cinq sols chacun », tandis que les pauvres ne payeront rien. Il ne s’agit pas de faire payer les buveurs pour leur consommation d’eau mais bien d’indemniser le seigneur de Comblat pour les dégâts occasionnés à ses propriétés par l’afflux des curistes.
En effet, la fontaine minérale de Vic devint rapidement une des plus célèbres et plus fréquentées d’Auvergne. Mais toute l’eau n’était pas bue sur place, une importante quantité en était expédiée, si bien que parfois la source se tarissait et les muletiers, chargés du transport « séduisaient ceux qui gardent ladite fontaine pour altérer l’eau minérale par le mélange d’eau commune ». C’est pour remédier à ces excès que le jeune Louis XIV décide, en 1648, de prendre sous sa protection les eaux de Vic par la création d’une charge de garde fontainier. Par lettres patentes du 11 avril 1648, sur la proposition de François Vautier, son premier médecin, surintendant des eaux et fontaines minérales de France, il octroie cette nouvelle charge à Jougla Dufresne, un de ses conseillers et maître d’hôtel ordinaire. Ce dernier ayant offert sa démission, il fut remplacé le 5 octobre 1649 par Louis de Comblat, sire de Cabanes. Dès ce moment la charge de garde-fontainier, qui rapportait un revenu de 500 écus par an, devait rester dans la famille de Comblat jusqu’à la Révolution, comme en atteste le document ici présenté. Christophe de Vic de Comblat se voit établi en « la charge et commission de garde de la fontaine minérale dudict Vic en Carladez » avec « pouvoir et faculté de faire emplir, boucher de cire, gomme, peau, ficelle, cacheter de cire d’Espagne avec le cachet et armes de sa majesté, toutes les bouteilles et toutes les bouteilles et vaisseaux qui y seront transportés, à condition de ne prendre pour ses peines et fournitures d’emplir chaque bouteille que douze deniers ». Il s’agit bien de pouvoir attester de l’authenticité de l’eau mise en bouteille.
Au fil du temps, la lutte contre la fraude va se renforcer et la monarchie va peu à peu prendre le contrôle de la distribution des eaux minérales. Un arrêté du Conseil d’Etat du roi daté du 1er avril 1774, affiché en son temps à la fontaine de Vic, et dont un exemplaire est conservé avec la lettre patente, pour lutter contre « les fraudes et mélanges préjudiciables […] ordonne que les voituriers qui se chargent de conduire tant par terre que par eau, des eaux minérales, seront tenus, avant leur départ, de se faire remettre par l’intendant ou garde des dites eaux […] un certificat dans lequel il sera fait mention de la quantité et de la qualité des eaux qui leur auront été délivrées, du jour où elles ont été puisées, et du lieu où ils se proposent de les transporter ; et sera ledit certificat représenté à tous les bureaux de passage pour y être visé ».
Cote ADC : fonds de Comblat
Texte rédigé par Nicolas Laparra









