Adhésion

 

Les Chambeyron: une famille d'artistes

Des Mongador aux Grossetto

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Pierre Chambeyron est le fondateur de cette dynastie d’artistes. Originaire de la Loire où sa famille dirigeait, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, une importante entreprise de transport de voyageurs, il est pressenti pour reprendre l’entreprise familiale, mais en décide tout autrement. Il quitte Rive-de-Gier pour Paris, et sans que l’on sache vraiment pourquoi, décide de faire carrière dans le cirque. Engagé par le cirque italien Piérentioni pour l’assister, au cours d’une tournée en France, dans les négociations avec les autorités locales, il y rencontre sa future femme Mathilde Capelli, elle-même écuyère. Ils auront cinq enfants : Gaston, Georges, Marcel, Jeanne et René. Véritables « enfants de la balle », baignés dans l’univers du cirque, ils se tournent à leur tour vers le monde du spectacle. Gaston et Jeanne, les deux aînés de la fratrie, forment à leurs débuts le « Duo Delarambla », présentant un numéro mêlant danse et acrobaties. Georges, quant à lui, opte pour le jonglage, vite rejoint par ses deux ainés. Ils forment un nouveau trio proposant un véritable numéro de jonglage auquel il donne le nom de « Mongador ».

Peu à peu, la famille Chambeyron et les Mongador ne font plus qu’un. Pierre administre leur carrière, Mathilde s’occupe de l’intendance, tandis que l’ensemble de la fratrie prend part au numéro. Dans les années qui précèdent le Grande Guerre, ils délaissent le cirque pour le music-hall et partent pour l’Angeleterre, où l’industrie du spectacle est la plus avancée. Le pays compte déjà près de 700 théâtres, 71 dans la seule ville de Londres. Après la guerre et quelques années passées à Londres, Pierre et Mathilde décident de rentrer en France et de venir s’installer définitivement à Aurillac. La famille y avait déjà vécu quelques mois près de vingt ans auparavant et en conservait un souvenir ému. Les Mongador continuent leur carrière malgré la perte de leur frère René, mort pour la France.

Les années passent et la composition de la troupe se modifie. Après-guerre, ils partent pour l’Amérique du Nord. Et, pour affronter ce nouveau public, deux nouveaux membres prennent part au numéro : Nina, Italienne de talent, trapéziste et acrobate, qui avait déjà fait ses preuves dans la troupe de son père, Sylio Cervini ; et Anne, jeune Anglaise, championne de natation et meneuse de revue accomplie. La première, épouse de Gaston, la seconde, épouse de Georges, toutes deux converties au jonglage. Avec Jeanne, les Mongador sont désormais cinq sur scène. A leur retour d’Amérique, ils alternent entre cirque et music-hall : cirque Bureau, cirque Bouglione, le Moulin-Rouge, l’Alhambra de Paris… Ils tournent partout en Europe : Glasgow, Copenhague, Madrid, Amsterdam, Hambourg, Berlin, Vienne, Rome, Turin… Les Mongador pratiquent une jonglerie de groupe, émaillée de passages comiques où Georges se produit en clown. Le numéro se déroule à une cadence soutenue pour finir crescendo. La troupe scénarise son numéro au point d’apporter son propre rideau de fond de scène. Le déroulement des séquences, la répartition des rôles, l’éventail, la forme et la présentation des objets lancés, ainsi que le choix des costumes font l’objet d’une préparation minutieuse. Gaston réalise quelques « trucs » personnels comme les douze bougies rattrapées dans les douze godets d’un bougeoir.

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Après l’arrêt de Jeanne, la troupe n’est maintenant plus composée que des deux couples : Gaston-Nina et Georges-Anne. Elle sera bientôt rejointe par un nouvel arrivant, Gabriel dit Gaby, fils de Gaston et Nina, né à Londres en 1923. Le jeune Gabriel est intégré au numéro en 1938 à l’occasion d’une tournée en Pologne. Dès l’année suivante, il doit provisoirement remplacer son oncle souffrant lors d’une tournée au Danemark et s’en tire avec les honneurs. Mais la guerre rattrape les Mongador qui doivent rentrer en France et viennent s’installer à Aurillac. C’est la fin de la troupe qui ne se reconstituera pas. Ils ont vécu sur trois générations d’artistes, exercé dans plus de 860 théâtres et 104 cirques, réalisant au total plus de 30 000 représentations à travers le monde entier.

Ce n’est pas pour autant la fin de l’aventure pour la famille Chambeyron. Une autre formation va naître : les « Grossetto » ou « Trio Grossetto », formée par Gaston, Nina et leur fils Gabriel. Elle connait le même succès que les Mongador dans le monde du cirque comme dans celui du music-hall. Ils se produisent surtout au Royaume-Uni mais ne délaissent pas pour autant le public français. Quand Nina se retire en 1953, Gaston et Gabriel constituent le duo « Gaby Grossetto et Gaston », puis Gabriel terminera sa carrière en solo sous le nom de « Gaby Grossetto ». Il abandonne la scène en 1984 pour s’occuper de sa mère et se retire à Aurillac, où il vivra jusqu’à son décès en 1998.

Sources : Plus qu’une vie. Les Mongador, une famille de cirque par Antoinette Chambeyron. – Aurillac : éditions de la Flandonnière, 2018 (cote ADC : 8 BIB 3750).

Document rédigé par Nicolas Laparra

 

                               Cote ADC : 1 J 655, 107 Fi 9 et 107 Fi 59.

      

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Boite de nonne de Soeur Marie du Sacré Coeur

(début du XXème siècle)

Une fois n’est pas coutume, en ce mois d’octobre, l’habituel « document du mois » laisse place à un objet d’art religieux. La boite de nonne est une caissette vitrée qui contient une scène miniaturisée représentant une religieuse dans sa cellule. Les premières apparaissent au moment de la Réforme des carmels et de la création des Visitation-Sainte-Marie (XVIIe siècle) puis elles disparaissent peu à peu au XXe siècle.

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Dans ce petit espace clos, sont disposés un lit ou une paillasse, un prie-Dieu, une table avec un livre, un grand crucifix, quelques gravures au mur, une moniale en bois ou en porcelaine, en carton, en tissu, en cire, parfois il s’agit d'un simple découpage ou même d’une photographie. Assise sur son lit, sur un tabouret ou parterre, la moniale médite, prie ou travaille : elle file la laine, coud, raccommode ou confectionne un reliquaire. Les costumes des ordres et les images figurant aux murs de la cellule nous renseignent sur leur provenance. Les nonnes se représentent toujours dans leurs habits de religieuse et parmi les meubles et objets de leur quotidien cloîtré. On peut aussi identifier l’ordre auquel appartient la religieuse par l’ordre et la nature des objets décorant les cellules, car il est très codifié. Chez les clarisses, on trouve dans chaque cellule un autel surmonté non pas d’une mais de trois images pieuses, c’est la règle. Dans la cellule des visitandines, on trouve un lit à baldaquin, chez les clarisses, un lit bateau, chez les carmélites, une simple paillasse.

Cette maquette, conservée dans les collections des Archives départementales, est une maquette de cellule de carmélite. Au-dessus de la porte figure l'inscription "Sainte Philomène" (vocable de la chapelle du Carmel d'Aurillac). Au milieu de la pièce, une carmélite assise travaille à sa dentelle ; à côté d'elle, posé à terre, un panier à ouvrage contient de la dentelle. Le lit, garni d'un oreiller, est couvert d'une couverture marron, de la même étoffe que l'habit de la religieuse. Sur la chaise, utilisée en guise de table de nuit, est posé un livre. Sur la bibliothèque, qui comprend quatre livres portant respectivement sur la tranche les lettres "P", "E", "A" et "H", est posée une couverture ou une serviette blanche pliée. Au mur, outre un bénitier et un crucifix avec son rameau, se trouvent un portrait de saint Henri et celui de Notre-Dame. Cette boite de nonne est l’œuvre de Noémie Lacoste née le 23 juillet 1889 au hameau de Frayssi, commune de Saint-Cernin, fille de Clothilde Marty, ménagère, et de Jean Lacoste, cordonnier. Elle entre au Carmel d’Aurillac le 2 juillet 1909 et devient Sœur Marie du Sacré-Cœur le jour de sa prise d’habit le 19 janvier 1910.

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Ces souvenirs sont le plus souvent destinés aux familles des religieuses, comme l’attestent parfois quelques notes manuscrites au dos des boîtes. Elles sont aujourd’hui analysées comme étant le seul moyen pour ces femmes de décrire leur quotidien reclus à leurs familles, qu’elles ne verront plus jamais ou si peu une fois leurs vœux prononcés. « La contradiction réside dans le fait qu’elles ouvrent aux regards étrangers une scène d’intimité rigoureusement secrète dans la clôture, le spectateur pouvant se sentir un peu voyeur. D’autre part, ces autoportraits peuvent étonner pour des spiritualités axées sur le total oubli de soi (il n’existe pas de miroir dans les couvents). Aucune source issue du milieu créateur ne documente cette pratique ambigüe. Certains observateurs y voient une démarche mystique proche de celle du « jardin clos », qui, en se limitant dans l’espace, permet d’atteindre la perfection et d’accéder au salut ; d’autres y décèlent un simple message pédagogique, éthique (« voilà comment il faut vivre ») ou mystique, par allusion à l’attente de Marie avant la visite de l’ange »[1].

Ces boites ou « cellules » de nonnes sont des objets rares. Beaucoup de ces précieux témoins de la vie monastique ont disparu. Ils sont pourtant extrêmement émouvants et importants pour la transmission des coutumes et la description de l’instant qu’ils reproduisent, véritables « photographies » de la vie des moniales. Ces fragiles objets de peu et de rien sont les seules images et représentations dans leur cadre de vie des religieuses, uniques témoins oculaires de ces lieux fermés.

Sources : Thierry Pinette de l’association Trésors de ferveur

[1] Dictionnaire des objets de dévotion dans l’Europe catholique, par Bernard Berthod et Elisabeth Hardouin-Fugier, Edition de l’Amateur, 2006, p. 45-47

Document rédigé par Nicolas Laparra

 

                               Cote ADC : 1 J 829 et 830.

      

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Des Sanflorains "habillés pour l'hiver"!

Rôle du vingtième de la paroisse de Saint-Flour (1753)

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Quelques mois après la conclusion de la guerre de Succession d’Autriche (1741-1748), et dans un contexte de fort endettement et d’accroissement constant des charges du royaume de France, le contrôleur général des finances Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville établit en 1749 un nouvel impôt qualifié de « vingtième ». Remplaçant le dixième, cette redevance doit financer le remboursement de la dette publique jusqu’à ce que les revenus ordinaires suffisent à couvrir les dépenses de l’Etat : elle perdure en réalité jusqu’en 1789, et se trouve même complétée par un deuxième (1756), puis un troisième vingtième (1759-1763).

L’édit du 19 mai 1749 crée, « pendant les premières années », une « imposition du vingtième de tous les biens et revenus de nos sujets », ce qui correspond à un taux de 5%. Il s’agit d’un impôt novateur présenté, par ses promoteurs, comme un impôt universel et équitable, établi sur l’ensemble des sujets. L’introduction du vingtième consacre le principe de quotité, selon lequel les impôts doivent être payés par tous les contribuables, sans distinction, en proportion de leurs facultés : ce fonctionnement, remettant en question l’exemption fiscale des ordres privilégiés tout comme la pratique de la répartition de l’impôt en usage dans les pays d’Etat, provoque de violentes protestations. Par ailleurs, ce type d’imposition exige une transparence forte de la part des particuliers. L’édit de 1749 ordonne à tout propriétaire ou usufruitier de fournir une déclaration exacte des biens qu’il possède ou dont il jouit, à partir de laquelle sont déterminés les revenus imposables. Le vingtième porte ainsi sur les revenus de l'industrie et du commerce, mais aussi sur les propriétés dont les bénéficiaires doivent déclarer la nature, l'étendue et le produit net moyen annuel. Enfin, afin d’assurer la perception de l'impôt, Machault crée la charge de contrôleur des vingtièmes[1].

Louis Estadieu est l’un de ces contrôleurs, chargés d’enquêter dans certaines paroisses cantaliennes et de vérifier les rôles d’imposition. Cette activité a produit une importante masse d’archives, plus de 7 mètres linaires aux Archives du Cantal. Mais au-delà de leur volume, ces archives sont précieuses par la diversité et la quantité d’informations qu’elles renferment. En effet, les contrôleurs complètent leur travail par des observations générales portant sur les paroisses contrôlées. Elles sont d’importance et de précision assez inégales, certaines tiennent en peu de lignes, mais d’autres plus détaillées, sont de véritables petites études de géographie économique et ethnologique, comme celles de Louis Estadieu, par exemple, pour Saint-Flour, Massiac, Calvinet ou encore Giou-de-Mamou. La plupart ont pour objet non seulement les impositions, mais aussi la situation géographique, la nature et le rendement des terres, la répartition des cultures, le caractère et les mœurs des habitants, le commerce et l’industrie.

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Le rôle du vingtième, présenté ici, en est un bon exemple. Dans ses « observations générales », le contrôleur Estadieu donne une description détaillée sur près de six pages : "La ville de Saint-Flour est la capitale de la Haute-Auvergne, elle est épiscopale […]. Sa situation est extrêmement élevée sur le roc, cependant bornée et commandée du côté du levant par les montagnes de la Margeride, du côté du midi par celles d'Aubrac, du couchant celles du Cantal et du septentrion celles du Mont-Dore, de sorte qu’elle est exposée à tous les inconvénients de ces montagnes, qui, étant 8 mois de l'année couvertes de neige, la rendent extrêmement froide, en effet on ne connaît point de situation où le froid se fasse mieux sentir, au point que dans l’hiver on a toutes les peines du monde à sortir des maisons, et on observe par surcroit de malheur pour les habitants que le bois y est extrêmement rare. La ville, compris son faubourg, contient 640 maisons laïques très mal bâties et plus mal distribuées […]. L'évêque en est seigneur spirituel et en cette qualité est gros décimateur. Il est encore seigneur temporel à cause de son évêché et a la haute, moyenne et basse justice. Il y a un chapitre cathédral composé de 4 dignités, de 20 chanoines et de 20 prébendiers, un chapitre collégial composé de la dignité de prévôt et de 15 chanoines, une seule paroisse desservie par un curé, 2 vicaires et 12 communalistes. Il y a un séminaire dirigé par des prêtres de Saint Lazare, assez bien bâti, très mal situé et aussi mal distribué, mais très occupé, ces montagnes donnant beaucoup de montagnards, ils fourmillent en prêtres, les familles étant très nombreuses, et la facilité de les faire étudier fait qu'on en destine beaucoup à l'Eglise […]. Les patrimoniaux et les octrois forment un revenu de 5420 livres. Il y a trois marchés par semaine et cinq foires par an peu considérables […] ». Mais il ne se contente pas de cette description et se permet des commentaires très sévères et méprisants sur les Sanflorains présentés comme « très sauvages, grossiers, impolis, cependant assez dociles, grands ivrognes, gourmands, malpropres et fort paresseux. Il est facile, avec toutes ces qualités, de conclure que ce sont de très mauvais sujets et très pauvres […] Ils n’ont ni conduite ni émulation… ». Il estime, implacable, que si Saint-Flour est une des villes les plus favorisées sous le rapport des routes « cette émulation manquant et la paresse triomphant, elle est la plus misérable de la province et on doit attribuer son malheur à la mauvaise conduite de ses citoyens qui ne savent ou ne veulent profiter des avantages que la Providence leur fournit ».

On ignore si le contrôleur Estadieu avait quelque grief envers les habitants de Saint-Flour. Peut-être ces derniers n’avaient-ils pas très bien reçu cet envoyé de l’intendant chargé de venir contrôler le montant de leur richesse… En tout état de cause, et pour employer une expression de circonstance apparue à la même époque, les voilà « habillés pour l’hiver » !

[1] Lucien Bély, Dictionnaire de l'Ancien Régime royaume de France : XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, 2010, 1384 p.


 Document rédigé par Nicolas Laparra

 

                          Cote ADC : C 282.

      

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Livret militaire d'une gueule cassée

Adrien Antoine Cambon est né le 12 mars 1891 à Parlan, il est sabotier.
 
D’après sa fiche matricule, Adrien Cambon est ajourné en 1912 pour « faiblesse ». Il est finalement déclaré bon pour le service auxiliaire en 1913 et est incorporé le 9 octobre de cette même année au 6e Régiment d’infanterie coloniale, en casernement à Lyon. La commission de réforme du Rhône du 23 décembre 1914 le déclare apte au service armé :  il part alors sur le Front.
 
Le 6e régiment d’infanterie coloniale est rattaché d’octobre 1914 à juin 1915 à la 76e Division d’infanterie, puis du 16 juin 1915 à novembre 1918 à la 15e Division d’infanterie coloniale. C’est avec cette dernière, qu’Adrien Cambon participe entre autres à la Seconde bataille de Champagne. Cette bataille, débutée le 22 septembre 1915 par de nombreux tirs d’artillerie sur les lignes allemandes, ne s’achève que le 9 octobre.
 
L’assaut est donné le 25 septembre à 9h15 du matin avec quelques 500000 soldats. Le Journal des marches et des opérations (JMO) du 6e régiment d’infanterie coloniale indique que lors de ce premier jour de combat 38 hommes sont tués, 295 sont blessés et 457 portés disparus.
 
Adrien Cambon fait partie des nombreux blessés. Alors qu’il se trouve à Souain (Marne) une balle l’atteint au visage « plaie de la région sus maxillaire gauche, plaie de la langue, perforation du voile du palais, fracture double du maxillaire inférieur », à la main « plaie légère de l’auriculaire gauche ». Son livret militaire, témoin matériel de la violence des combats, est traversé par le même projectile.
 
Le livret individuel ou militaire est un document d’identité où sont enregistrées toutes les étapes de la carrière militaire d’une personne. Il est personnel et doit être conservé par le soldat, la page 3 du livret indique « Le livret doit être conservé avec le plus grand soin. Tout homme reconnu coupable de négligence à cet égard est passible de peines disciplinaires ».
Ce document fournit de précieux renseignements : état civil complet (date, lieu de naissance, parents, domicile, profession), description physique, degré d’instruction, indications sur la carrière militaire (participation à un conflit, matériel et habillement fournis, blessures, décorations).
 
Suite à cette blessure, Adrien Cambon est transféré à l’hôpital temporaire 71, au lycée Carnot de Dijon ; avant d’être dirigé vers un hôpital spécialisé dans les plaies de la face. Il est admis à la réforme par décision ministérielle du 10 janvier 1917.
Blessé au niveau du visage, il est désormais une « Gueule cassée », terme qui désigne les survivants de la 1ère Guerre mondiale ayant subi une ou plusieurs blessures au combat et affectés par des séquelles physiques notamment au niveau du visage.
 
Adrien Cambon rentre dans son foyer à Parlan et reprend son travail de sabotier. Il est membre actif de l’Union fraternelle des mutilés de la guerre du Cantal.

Sources : Mémoire des Hommes, JMO du 6ème Régiment d'Infanterie coloniale

Document rédigé par Laure Barbet

 

                               Cote ADC : 1 J 1306 et 1 R 1697.

      

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Course cycliste Aurillac-Saint-Flour

(1er mai 1904)

Henri Letellier, directeur du quotidien national Le Journal, adresse ce courrier au préfet du Cantal en mars 1904.

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Il souhaite obtenir « les autorisations nécessaires pour faire courir » dans le département « le 1er mai 1904 prochain, une épreuve pédestre et une course cycliste pour amateurs, toutes deux réservées aux habitants » du Cantal. La course cycliste aurait lieu sur le parcours Aurillac-Saint-Flour par Murat.
Le Journal était un quotidien français qui parut entre 1892 et 1944 dont le siège se trouvait au 100 rue de Richelieu dans le 2e arrondissement de Paris. C'était l'un des quatre plus grands quotidiens français d’avant-guerre, avec Le Petit Parisien, Le Matin, et Le Petit Journal. Dès la fin du XIXe siècle, les quotidiens sportifs ou non, n’hésitent pas à se lancer dans l’organisation de courses cyclistes. La grande popularité des champions cyclistes dont ils sont les seuls à pouvoir conter les exploits leur permet d’accroitre notablement leur tirage. C’est d’ailleurs ainsi qu’est né le Tour de France créé par le quotidien L'Auto qui, dès le 19 janvier 1903, présente cette nouvelle course comme « la plus grande épreuve cycliste jamais organisée ». Le journal voit ainsi ses ventes augmenter considérablement, passant de 30 000 à 65 000 exemplaires par jour à la suite de cet évènement1. Un tel succès n’a pu qu’encourager Henri Letellier à se lancer à son tour dans l’organisation d’une course cycliste, bien que Le Journal ne soit pas un quotidien sportif à la différence de L'Auto. A cette date, c’est un journal qui se présente comme un « quotidien littéraire, artistique et politique », mais qui propose aussi une rubrique sportive dirigée par Rodolphe Darzens, lui-même cycliste et membre de l'Union vélocipédique de France (ancêtre de la Fédération Française de cyclisme). Ses ambitions sont peut-être moins élevées en terme de compétition sportive puisqu’il s’agit d’une course amateur, mais l’objectif est bien le même, se servir de la popularité du cyclisme pour attirer de nouveaux lecteurs.
L’idée est assez originale puisqu’il s’agit d’organiser à la fois une épreuve pédestre et une course cycliste par département. Les deux premiers de chacune de ces courses départementales seront ensuite admis à participer aux championnats cyclistes et pédestres qui auront lieu à Paris, pour la conquête des coupes challenges du Journal. Le courrier précise que « chaque course départementale sera dotée de prix intéressants dont le premier consistera en une bicyclette ». Ce type d’épreuve semble être encore assez nouveau pour les autorités comme en témoigne un télégramme

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du ministère de l’Intérieur adressé au préfet du cantal : « un certain nombre de vos collègues me consultant sur suite à donner à demande formulée par directeur du Journal relativement à organisation épreuves pédestres et cyclistes, ai l’honneur vous faire connaître que courses de bicyclettes […] ne rentrent pas dans catégories des épreuves qui comportent autorisation administrative, préfectorale ou ministérielle ». Le Journal est donc libre d’organiser cette course qui aura bien lieu à la date prévue. Le numéro du 3 mai 1904 nous en donne le compte-rendu : « Un soleil resplendissant a favorisé les épreuves du Journal. Dès sept heures, une foule vivement intéressée se presse aux abords du contrôle, très bien organisé, où se tiennent les représentants du journal […] Le départ est donné à huit heures précises, au milieu des acclamations du public, qui suivront les coureurs tout le long du trajet, et qui récompenseront le Journal de son heureuse initiative. L’arrivée à Murat est splendide […] Après Murat la route devient plus pénible, mais l’arrivée à Saint-Flour est triomphale : une foule nombreuse se presse au contrôle ». Le vainqueur, un aurillacois, se nomme Weber en 3 heures 19 minutes, soit une minute d’avance sur le second, Reygasse, d’Arpajon-sur-Cère.

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Malgré l’inexpérience apparente des autorités dans ce domaine, il ne s’agit pourtant pas de la première course cycliste organisée dans le département, on peut citer pour exemple les championnats du Cantal organisés le 10 novembre 1897 sur la route d’Arpajon-sur-Cère et dont se fait écho la presse « une foule qu’on peut évaluer à près de 1000 personnes, a suivi avec un intérêt des plus vifs les différentes épreuves de cette journée qui a été marquée par une parfaite entente de part et d’autre » (Fonds Pouget : 76 J 74). De même, dès 1899, l’habitude est prise d’organiser des courses cyclistes à Aurillac dans le cadre des festivités du 14 juillet, habitude qui perdurera jusqu’au début du XXIe siècle. 

Document rédigé par Nicolas Laparra

1 Fabien Wille, Le Tour de France : un modèle médiatique, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2003, 329 p.

 

                               Cote ADC : 60 M 1 et 36 Num 137.

Bibliothèque Nationale de France, Gallica : Le Journal, n° 4233 du 3 mai 1904 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k76244216/f5.item.zoom)

      

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