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Un règlement de comptes à Giou ?

La nuit tombe à Giou en ce 20 novembre 1660. Dans le bois del Rieumèghe qui leur appartient, quelques prêtres de la communauté Saint-Bonnet de Giou se pressent sans doute, craignant que la nuit ne leur réserve une mauvaise rencontre. Quand soudain, en travers du chemin ou près de la route, une forme apparaît au sol : le malheur a déjà frappé, c’est cet homme qui en est la victime.

Les prêtres se hâtent de rapporter le corps, mais ne parviennent à l’identifier. Une enquête est menée pour trouver des témoins qui connaîtraient la victime ou du moins l’auraient aperçue avant sa mort… en vain. Personne ne sait. Le corps a beau être exposé en vue « de tous allants et vivants » pendant trois jours, aucune réponse ne parvient aux officiers chargés d’investiguer.
               2019-03-01                                                     2019-03-02

La frustration est palpable dans l’acte de sépulture rédigé par le curé de Giou, messire Delpé. Alors qu’habituellement ces actes n’indiquent pas la cause de la mort, de nombreux détails sont apportés ici sur le déroulement des événements et une description très précise du mort est donnée. Le corps ne peut être conservé plus longtemps, mais si un jour quelqu’un signale la disparition d’un proche, il sera possible de lui fournir une « photographie » de l’inconnu. Celui-ci paraît « estre aagé d’environ vingt huict ou trante ans, le visage long, les yeux un peu enfoncés, cheveux noirs et assés clairs ».

Sans témoin, difficile de déterminer les raisons pour lesquelles on l’a assassiné ; le curé ne s’y risque d’ailleurs pas. Les blessures proviennent d’armes à feu, nous indique messire Delpé. Si les pistolets, mousquets et arquebuses existent bel et bien à l’époque, ils sont plutôt l’apanage des riches, nobles et bourgeois. Posséder des armes n’est pas un privilège accordé par le roi, il suffit d’avoir les moyens d’en acquérir. Notre inconnu se serait-il attiré la colère d’un puissant ? En quelle occasion ? Le fait que personne ne le reconnaisse, sachant que la nouvelle a dû circuler à Aurillac et dans les villages voisins, semble suggérer que l’homme n’était pas originaire des alentours. D’ailleurs son accoutrement peut laisser des doutes : il possède « un pourpoin de toille de la Limanhe d’Auvergne » ainsi qu’un sabot « faict à la mode de la Limanhe », en Basse-Auvergne donc. Toutefois l’indice est faible puisque cet individu semble habillé de guenilles peut-être trouvées ici et là. Le deuxième sabot est quant à lui « du pays », et du même pied que le premier.

Profitons-en pour souligner que ces actes décrivant des morts inconnus sont une précieuse source pour les historiens qui s’intéresseraient aux vêtements des pauvres, puisque l’on a rarement l’occasion de les décrire autrement. Les inventaires après décès ne sont effectués que lorsque l’héritage en vaut la peine et listent les habits présents dans les coffres sans que l’on sache s’ils sont portés simultanément ou non.

En tout cas, ses « meschants » habits, sa petite corde en guise de ceinture, son « chapeau noir uzé » et ses sabots dépareillés permettent d’exclure la thèse des voleurs : cet homme ne portait rien qui soit digne d’être dérobé. En revanche, l’une des hypothèses que nous pouvons émettre est qu’il aurait lui-même endossé le rôle de voleur, peut-être simplement pour se nourrir, et qu’il n’a pas rencontré l’indulgence qu’il pouvait espérer chez sa victime, qui l’aura poursuivi pour faire justice elle-même…

Ceci bien sûr n’est qu’une hypothèse. Nous n’en saurons jamais plus que le curé Delpé qui a signé cet acte avec le sentiment d’avoir fait ce qu’il pouvait pour cet inconnu : une cérémonie respectueuse pour son enterrement et un signalement détaillé de sa personne qui traversera les siècles.                      


5 E 654  
Archives communales de Giou-de-Mamou
Merci à l’internaute qui a indexé ce registre paroissial sur le site internet des Archives départementales

 

Faux passeport et vraies lettres de grâce :

L'indulgence de Napoléon envers le déserteur Pierre CHAUDESAIGUES

Certains jours, mieux vaudrait ne pas sortir de chez soi… Voilà ce qu’a dû penser Pierre Chaudesaigues le 15 novembre 1809, lorsque deux gendarmes l’arrêtent sur la route de Massiac à Lempdes. Il déclare alors être originaire de Roffiac, être gagne-denier (vivant de « petits boulots » pourrait-on dire) et ne pas avoir été tiré au sort pour partir au service militaire. Pour étayer ses propos, il exhibe un passeport pour Paris signé du maire de Roffiac, Gibrat, du sous-préfet de Saint-Flour Bertrand et du préfet Riou.

Mais c’est un jour de malchance pour Pierre Chaudesaigues : pour convaincant qu’il soit, son passeport est reconnu faux. Les gendarmes disposent en effet du signalement de Chaudesaigues comme conscrit déserteur, l’identifient et l’arrêtent.

Le jeune homme, âgé de 22 ans, originaire d’Espinasse (tout près de Chaudes-Aigues), est condamné le 9 janvier 1810 à la flétrissure et à huit ans de fers, c’est-à-dire de travaux forcés avec aux pieds un boulet. Lourde peine, qu’il va essayer d’alléger en adressant une supplique à l’Empereur des Français, Napoléon Ier. Entouré de son conseil, l’Empereur se montre magnanime et accepte de réduire la peine à quatre ans, sans oublier l’accomplissement des cinq années de service militaire à sa libération. Données à Fontainebleau, les lettres de grâce et de commutation de peine sont datées du 23 octobre 1810, soit moins d’un an après la condamnation de Chaudesaigues, et signées de Napoléon ainsi que de son ministre de la Justice le duc de Massa, de l’archichancelier de l’Empire Cambacérès et du ministre Secrétaire d’Etat Maret de Bassano.

Imprimé sur parchemin, il s’agit d’un formulaire complété à la main, mais sa taille, les caractères typographiques raffinés ainsi que les signatures en imposent. Le sceau, quant à lui, est un timbre sec imprimé en relief au bas du parchemin et représentant l’aigle impérial ; il est presque invisible. Lues en audience publique de la cour de justice criminelle de Saint-Flour en présence du condamné, ces lettres ont ensuite été ajoutées au dossier de procédure au lieu d’être remises à l’intéressé et sont ainsi parvenues dans les fonds des Archives départementales, après quelques moments difficiles en présence de rongeurs. A quelques centimètres près, la signature de Napoléon aurait pu finir dans le ventre d’une souris…

Les raisons pour lesquelles la commutation est accordée ne sont pas développées dans ce document. Chaudesaigues a dû se montrer docile envers les autorités : lors de son interrogatoire, il n’hésite pas à dénoncer Vacheresse, maître d’école à Pierrefort, qui lui-même n’est qu’un intermédiaire sollicité par Etienne Hugon, de Coltines. « Etant aux eaux minérales de Sainte-Marie, [Hugon] m’avoit annoncé que je lui ferois plaisir de lui conduire de jeunes gens pour avoir des passeports » déclare Vacheresse. Le prix payé par le déserteur, 5 louis d’or, est élevé, mais il faut reconnaître la qualité du travail des faussaires qui se sont procuré un formulaire original (le filigrane est bien présent) ainsi que tous les tampons officiels, et ont copié les différents paraphes avec des écritures diverses et à peu près fidèles à leurs modèles (cf. signature originale de Riou, 27 J 216-4).

2019-02-04

Le cas Chaudesaigues est loin d’être isolé dans le Cantal. Dès les premières années de la conscription obligatoire, en 1798, les Cantaliens se montrent réfractaires, essentiellement pour des raisons économiques. Nombreux sont ceux qui engagent un remplaçant, s’ils peuvent se le permettre, ou ont recours à des méthodes illégales : faux papiers, cachettes ou migration temporaire pour échapper aux autorités, voire même pots-de-vin. C’est ainsi que le préfet Lachadenède, successeur de Riou en 1810, découvre avec stupeur l’ampleur de la corruption cantalienne : sur 12 000 conscrits en 5 ans, 8 000 ont été réformés, dont au moins 3 000 de manière frauduleuse…

Par manque de preuves, aucun des accusés ne sera condamné sauf un, qui pour sa part n’a pas obtenu de lettres de grâce.

 

2 U 98.
Pour aller plus loin : - : Jean-Pierre Serre, « Riou de Kersalaün et l’affaire du Cantal », Enluminures, 2001, p. 5-14.

 

Antoine Delpuech, 120 ans :
de la bataille de Fontenoy au hameau de Marze (Saint-Cernin)

Dans les registres paroissiaux et d’état civil se trouvent des actes qui, bien que noyés au milieu de milliers d’autres, ne passent pas pour autant inaperçus. L’acte de décès présenté ici fait partie de ces quelques-uns qui interpellent et donnent envie d’en savoir un peu plus sur la personne concernée.

2018 12  03Antoine Delpuech, décédé en 1840 au hameau de Marze (aujourd’hui Marzes) sur la commune de Saint-Cernin, n’est pas tout à fait un inconnu. L’éloge funèbre retranscrit dans La Revue du Cantal du mercredi 18 mars 1840 témoigne de la célébrité certaine dont jouissait cet homme à la longévité exceptionnelle : « quel spectacle admirable que celui de 120 ans, réuni sur la tête d’un seul homme exempt de toutes les infirmités qui assiègent une vieillesse commune ! […] Homme privilégié ! Dis-nous par quel heureux artifice tu as pu captiver ainsi la nature, et la forcer de dévier de sa règle commune ! »
Soldat pendant la Guerre de la succession d’Autriche (1740-1748), il prit part à la bataille victorieuse de Fontenoy sous les ordres de Jean de Calonne, futur marquis du château du Cambon à… Saint-Cernin. Lors de cette bataille, le régiment d’Antoine Delpuech fut durement touché et seulement six soldats sortirent vivants de l’affrontement.
Si la date de décès ne fait pas de doute, sa date et son lieu de naissance sont quant à eux un peu plus difficiles à déterminer. Jean-Baptiste Bouillet, dans ses Tablettes historiques de l’Auvergne, indique qu’il est né le 6 octobre 1719. Mais peut-on être tout à fait certain de ces informations alors que son acte de baptême n’a, à ce jour, pas été retrouvé ?
Une petite recherche généalogique nous apprend notamment que notre Antoine Delpuech s’est marié avec Marie Joanny en 1776 à Saint-Cernin. Et que de leur union sont nés plusieurs enfants, cités dans le registre de déclaration de mutation par décès du bureau de Saint-Cernin : Marianne, Marie, Marie (une seconde), Toinette, Thérèse, Pierre et Antoine. L’aînée semble être une des deux Marie qui naquit le 15 novembre 1776.

2018 12  012018 12  02Nous noterons ainsi qu’Antoine Delpuech aurait attendu d’avoir 57 ans pour connaître les joies de la paternité. Et que Thérèse, la petite dernière, a pointé le bout de son nez en 1791 : Antoine est ainsi à nouveau papa à 72 ans…
Sans remettre en cause la longévité de cette figure locale, il serait sans nul doute intéressant de pousser un peu les recherches afin de pouvoir certifier cet âge de 120 ans. Les généalogistes amateurs savent que la fiabilité de l’âge indiqué dans les actes de décès n’est pas toujours élevée…

Ainsi, se plonger dans les registres paroissiaux de Saint-Cernin ou de Marmanhac ferait peut-être avancer les choses. De la même manière, compulser la correspondance du préfet Delamarre permettrait aussi de trouver des informations sur la pension qu’Antoine Delpuech percevait directement de la part du roi des Français Louis-Philippe. En effet, l’éloge funèbre nous apprend que ce dernier avait une attention toute particulière pour l’ancien soldat : « et lorsque ton roi viendra de nouveau nous demander des nouvelles du doyen des armées françaises, nous lui répondrons : Sire, il est allé rejoindre ses compagnons d’arme de Fontenoy ».

 


Notice rédigée par Sylvain Maury
2 E 175/30 et 5 JOUR 1.
Pour aller plus loin : - J.-B. Bouillet, Tablettes Historiques de l’Auvergne : 2 BIB 5003 -
Acte de mariage du 7 février 1776, registre paroissial de Saint-Cernin (1767-1783) : 5 Mi 316/4, vue 185. Cet acte indique que les parents du marié viennent de Péruéjouls, commune de Marmanhac http://archives.cantal.fr/ark:/16075/a011324371641bJcf3G/1/185 -
Registre de déclaration de mutation par décès, bureau de Saint-Cernin : 3 Q 8285 -
Acte de naissance de Marie Delpuech (aînée d’Antoine ?), registre paroissial de Saint-Cernin (1767-1783) : 5 MI 316/4, vue 197 http://archives.cantal.fr/ark:/16075/a011324371641bJcf3G/1/197 -
Acte de naissance de Thérèse Delpuech, registre paroissial de Saint-Cernin (1784-1791) : 5 MI 316/5, vue 154 http://archives.cantal.fr/ark:/16075/a0113243716410o9qBJ/1/154 -
Correspondance du préfet Delamarre : 33 M.

 

 La Mémoire des Croquants. Chroniques de la France des campagnes (1435-1652)
Jean-Marc Moriceau - chez Tallandier (2018) 608 pages, 28 euros

(ISBN : 979-10-210-2765-7).

Cet ouvrage, fruit d’une longue quête dans les archives domestiques, les chroniques locales et les thèses régionales, s’adresse autant aux généalogistes qu’aux historiens. Il porte sur l’ensemble de l’Hexagone actuel, dans la multiplicité des identités territoriales et des cloisonnements culturels. Quelles traces les « paysans » et « gens de village » ont-ils laissées ? Comment ont-ils vécu les événements qui ont marqué leur existence ? Dans quelle mesure les pouvoirs publics s’en sont-ils préoccupés ?  Et quelles réactions ont-ils suscité à travers ce mille-feuilles des populations du passé ?  C’est à ces questions, notamment, que j’ai entendu répondre en m’efforçant de restituer, au fil du temps, le cadre spatio-temporel où s’inscrit la « Mémoire des Croquants ». 

Croquants Couverture.Pour sortir ces derniers de l’anonymat et des généralités, il a fallu accomplir un tour de France : tous les départements et les milieux géographiques –  des îles du Ponant aux pieds rhénans, des plaines du Nord aux Alpes, et du Bassin parisien à la Corse – figurent à l’appel.

En regard des événements qui scandent la chronologie du moment, les rythmes du quotidien m’ont conduit à multiplier les éclairages. Le vécu sensible des 85 % de ruraux resurgit dans ses dimensions variées, à travers plus de 1150 épisodes pris sur le vif, qui offrent autant d’aperçus thématiques. Grâce au témoignage de centaines de curés de village, notaires, magistrats, chroniqueurs et auteurs de journaux familiaux et « livres de raison », référencés à chaque pas – et de quelques authentiques « écrits paysans » de la première modernité –, Jacques Bonhomme retrouve son humanité. Au son des cloches, dans le sang et la fureur, mais aussi la peine et l’espérance, des millions d’hommes et de femmes reviennent à la lumière. Nos ancêtres.

Pour assurer ce balisage de l’histoire des campagnes, qui réhabilite les apports de nombreuses générations d’historiens tout en pointant des chantiers d’avenir, un index des lieux (dont 2150 communes), un index des noms de personnes(1545 items), un index thématique (516 entrées) et une anthologie des auteurs (135 noms sélectionnés, pour des œuvres publiées de 1840 à 2018) favorisent une lecture transversale.

 

Jean-Marc Moriceau est professeur à l’université de Caen-Normandie et président de l’Association d’Histoire des Sociétés Rurales. Spécialiste de l’histoire des campagnes sur la longue durée, et des rapports entre l’homme et le loup, il anime le Pôle rural de la Maison de la recherche en Sciences Humaines de Caen et dirige la revue Histoire et Sociétés Rurales.

 


Que sonnent les cloches et résonne le canon !
Un télégramme annonce l’armistice, le 11 novembre 1918

Que sonnent les cloches et résonne le canon ! Tel est le contenu du télégramme reçu le 11 novembre 1918 dans toutes les préfectures de France en provenance du ministère de l’Intérieur.

A la lecture de cette missive, on ne manque pas d’être surpris par le ton plus qu’enthousiaste de l’expéditeur, souligné par la répétition de l’adjectif « tous » : « toutes les églises de toutes les villes, de tous les villages, de tous les hameaux… ». Alors que les télégrammes sont habituellement concis et dépourvus de toute émotion, celui-ci déborde d’une allégresse qui s’est sans aucun doute communiquée au récipiendaire et s’est propagée comme une onde le long des couloirs de la préfecture, accompagnée d’un profond soulagement à l’idée que le fils, l’époux ou le frère serait bientôt de retour sain et sauf parmi les siens. Précédé de la mention « extrême urgence », le message est clair : il faut qu’absolument tous les Français aient connaissance de la bonne nouvelle. Mais quelle nouvelle ? Celle-ci est si évidente qu’elle n’est même pas indiquée dans le télégramme. On sait cependant que trois jours auparavant, les Alliés ont proposé aux Allemands les conditions d’un armistice. Celui-ci est effectivement signé le 11 novembre à 5h15 du matin, à Compiègne (l’endroit, à proximité de la commune de Rethondes, est improprement appelé « clairière de Rethondes »), dans le wagon faisant office de bureau du maréchal Foch. Le cessez-le-feu suivra dans la matinée, à partir de 11 heures. Sonner les cloches apparaît donc comme le moyen le plus rapide de propager la nouvelle.
2018-11-012018-11-02Dans les campagnes cependant, on hésite à y croire. Ainsi Pauline Monboisset, habitante de Sansac-de-Marmiesse et mère de Poilu, écrit le 12 novembre à son fils Antoine : « Ce jour-là [le 8 novembre] le facteur nous a annoncé la fin de la guerre. Malheureusement, ce n’était que la demande d’armistice et comme le délai accordé à l’Allemagne finissait hier matin nous ne savons pas encore s’ils ont accepté les conditions, cependant nous espérons que oui car hier soir on a sonné les cloches à Sansac et à Saint-Mamet ». Les journaux ne tarderont pas à confirmer l’annonce de la fin des hostilités. Le soir même du 11 novembre, deux autres télégrammes informent les préfets qu’un congé est accordé au personnel des préfectures et de la plupart des services de l’Etat (enregistrement, contributions, douanes, manufactures…) pour les 11 et 12 novembre. Envoyée à 21h55, cette annonce arrive un peu tard pour libérer les agents de leur poste. Elle vient sans doute régulariser le fait que nombre d’entre eux furent peu assidus l’après-midi suivant la signature de l’armistice. Seules la trésorerie générale et les caisses publiques sont tenues de rester ouvertes et d’accueillir le public. La raison en est simple : il faut permettre aux Français de venir souscrire à l’emprunt.
La fin de la guerre va permettre au pays de se reconstruire, et l’argent reste pour cela le nerf de la guerre. Il est probable que l’Etat mise sur la joie des Français en ce 12 novembre pour se précipiter aux guichets et apporter leurs réserves d’or en vue d’aider la France victorieuse à se relever. Malgré la liesse provoquée par cette bonne nouvelle, le calvaire n’est pas encore terminé pour les Poilus. Ceux-ci vont se diriger vers l’Allemagne, retrouver des compagnons prisonniers en piètre état, souffrir de rations trop faibles et des difficultés de s’approvisionner eux-mêmes dans des endroits appauvris par la guerre, et subir les ravages de la grippe espagnole.
Le traité de paix est signé dans la galerie des Glaces du château de Versailles le 18 juin 1919, cinq ans jour pour jour après l’attentat de Sarajevo contre l’archiduc François-Ferdinand, événement déclencheur de cette Première Guerre mondiale. Finalement, le dernier convoi du 139e régiment d’infanterie ne sera de retour à Aurillac que le 25 août 1919. A cette occasion, une grande fête sera organisée pour célébrer les héros cantaliens, avant de laisser la place au deuil des familles et à la difficile reconstruction de leur quotidien.
                     
Télégrammes : 8 R 40.
Lettre de Pauline Monboisset: 43 NUM 65/3

 

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