Patronymes

Un drapeau pour les cordonniers d’Aurillac (1779)

Un peu de bleu, de vert, de violet, beaucoup de rouge et des liserés dorés… Les compagnons cordonniers d’Aurillac aiment la couleur et l’affichent… sur leur drapeau.
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Ce document est un prix-fait, ancêtre du devis, passé entre seize ouvriers du cuir et un tailleur d’habits nommé Raymond Vernhes qui, cette fois, n’emploiera pas ses talents à réaliser robes et culottes. Les travaux concernent un drapeau et laissent peu de place à l’imagination du tailleur, puisque les détails en sont minutieusement décrits, de la matière à l’iconographie, en passant bien sûr par la couleur. De la taille d’une toise carrée, c’est-à-dire environ 2 mètres carrés, il sera composé en taffetas : une croix large croix rouge divise le drapeau et laisse dans les coins quatre carrés colorés, un blanc, un vert, un « bleu de ciel » et un violet. Le tout est entouré d’un liseré de dentelle argentée ou dorée (il est bien précisé qu’il s’agira d’« argent ou or faux », les fils métalliques étant certainement trop chers pour les moyens des cordonniers) et doit être livré avec sa hampe en bois, laquelle sera agrémentée d’un cordon à gland de soie rouge incrustée de fils argentés et d’une cravate blanche. Cette bande d’étoffe, sans doute en soie, était nouée en haut de la hampe. Elle pouvait être brodée ; sa sobriété ici contraste avec le reste du drapeau.
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Au centre de la croix, les cordonniers demandent à ce qu’un tableau soit représenté : d’un côté sainte Madeleine et le Christ, de l’autre le Saint Suaire. La manière utilisée pour représenter les personnages n’est pas précisée : toile peinte, étoffes cousues, broderies, voire même papier, différentes techniques sont avérées et ont pu servir à la réalisation des images.
Le marché est conclu pour le prix de soixante livres, ce qui représente une somme non négligeable pour de simples compagnons, des ouvriers au service d’un maître. Il est donc décidé, comme il arrive souvent, que les cordonniers verseront tous les ans huit livres au tailleur jusqu’à ce que le total soit atteint, c’est-à-dire pendant huit ans. Le tailleur est quant à lui tenu de livrer le fruit de son travail sous 24 jours.
Il semble que ce drapeau ne soit pas parvenu jusqu’à nous. Il aurait constitué un rare témoignage de ce genre d’objets puisque, d’une manière générale, de tels vestiges du XVIIIe siècle sont peu nombreux et qu’il s’agit très majoritairement de bannières : dans ce cas, l’étoffe est portée par une hampe en T, et elle n’arbore pas de cravate. La tentative de reconstitution schématique ci-contre, sans prétentions, permet de se donner une idée de ce que pouvait être ce drapeau.

Si le drapeau lui-même est précisément décrit, les motivations de sa commande sont quant à elles totalement éludées. Le motif choisi, sainte Madeleine et le Saint Suaire, peuvent poser question car on aurait pu croire que l’une des faces du drapeau serait réservée au patron des cordonniers, saint Crépin. La qualité des commanditaires laisse également planer un doute sur leur intention. Les scènes représentées laissent supposer que ce drapeau sera exhibé lors de processions religieuses, peut-être celles de la confrérie Saint-Crépin, l’association d’entraide qui unit indifféremment maîtres, apprentis cordonniers et autres laïcs, hommes et femme, autour d’une même dévotion religieuse ? Un document de comptabilité de la « frairie Saint-Crespin » d’Aurillac, daté de 1786, mentionne « le drapeau neuf » en plus du drapeau d’honneur, qui pourrait correspondre à celui du prix-fait (cote 6 J 75). Les dates pourraient également correspondre : les cordonniers insistent pour être livrés le 14 octobre, peut-être afin d’être certains de disposer du drapeau le 25, jour de la Saint Crépin. Mais le fait que la commande vienne d’un groupe de compagnons et non de la confrérie entière laisse la place à quelques doutes, qu’il sera difficile de lever.
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