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L’école pour tous avant les lois Ferry :

la liste des élèves admis gratuitement à l’école de Beaulieu (1877) 

Finies les vacances, voilà la rentrée des classes pour tous les enfants. Alors que cela va de soi aujourd’hui, grâce aux lois Jules Ferry qui ont rendu l’école primaire publique et gratuite en 1881, obligatoire en 1882, l’égalité d’accès à l’instruction n’a pas toujours été de mise. Et pour cause : s’il faut non seulement se passer de l’aide des enfants, mais en outre payer l’instituteur, l’instruction devient réservée aux plus riches.
Depuis la Révolution cependant, l’idée de la nécessité d’instruire les citoyens fait son chemin. Si le décret du 5 nivôse an II (25 décembre 1793) créant une instruction primaire gratuite et obligatoire fait long feu, la Restauration va encourager les communes à fournir à leurs jeunes habitants un enseignement primaire, insistant pour que les indigents le reçoivent gratuitement. Cette ordonnance du 29 février 1816 n’a toutefois aucun caractère obligatoire, mais elle représente un premier pas vers les listes d’enfants admis gratuitement, généralisées dans les années 1850.
2016-09 recto-bCelle qui est exposée ici concerne la petite commune de Beaulieu, dans le nord-Cantal, pour l’année 1877. Elle est remplie et signée par le maire et le curé, ces deux personnalités exerçant une surveillance conjointe sur l’école et son instituteur, en l’occurrence l’institutrice Antoinette Chaulet.
Il faut dès maintenant souligner que le nombre d’élèves proposés à l’admission gratuite est élevé : 15 enfants sur une classe – unique – de 42 élèves, alors qu’ils n’étaient que 5 dans les années 1850. Cette forte proportion s’explique d’une part du fait que depuis 1866, le nombre d’enfants admis gratuitement n’est plus fixé à l’avance par le préfet mais validé a posteriori, et de la volonté de l’Etat de faciliter l’accès des enfants à l’éducation. On notera toutefois que le préfet a posé son veto et rayé deux noms parmi les 17 proposés par le maire et le curé. En effet, le traitement de l’instituteur communal est à la charge de la commune : il comprend une somme fixe à laquelle s’ajoute un complément proportionnel au nombre d’élèves admis gratuitement. Mais quand on sait que les dépenses totales de la commune de Beaulieu pour l’instruction publique sont alors couvertes aux trois-quarts par une subvention de la préfecture, on comprend que le préfet ait son mot à dire.
Cette liste fait état de deux enfants naturels, dont l’un est orphelin, admis gratuitement de droit de 6 à 12 ans car considérés comme « assistés ». Les autres sont « indigents » : le fait que leurs parents, pour la plupart, ne payent pas de contributions le prouve. En revanche, on peut s’interroger sur la présence dans cette liste de deux personnes qui font partie des 30 habitants les plus imposés de la commune... Comme on peut s’y attendre, la majorité des parents travaillent la terre. On remarquera cependant que trois d’entre eux sont sabotiers, pour une commune qui compte seulement 302 âmes.
C’est d’ailleurs le fait que cette commune soit peu peuplée qui explique la présence d’une école mixte, au lieu de la traditionnelle division école pour garçons / école pour filles. Depuis la loi Guizot du 28 juin 1833, toutes les communes de plus de 500 habitants sont tenues d’entretenir au moins une école pour garçons. Ce texte est complété par la loi Duruy le 10 avril 1867, qui impose la création d’une école pour filles dans toutes les communes de plus de 800 habitants. Beaulieu n’est concerné par aucun de ces deux textes, mais le conseil municipal ne peut exiger des enfants qu’ils se rendent quotidiennement dans les villages voisins. La présence de 42 élèves en 1877 justifie largement l’établissement à Beaulieu d’une école, qui est mixte par souci d’économie. Cette solution est aisément tolérée, surtout si l’école est tenue par une femme : dans un courrier adressé au préfet en 1845, l’inspecteur d’académie évoquait les réticences du clergé qui « s’oppose à ce que les enfants de sexe différent fréquentent la même école, à moins que cette école ne soit dirigée par une institutrice ».
Le Cantal compte ainsi 90 écoles mixtes en 1867, même si la plupart sont établies dans des hameaux éloignés de l’école principale, et 470 écoles primaires en tout, sans compter la centaine d’établissements à ouvrir pour se conformer à la loi Duruy. Le mouvement, depuis, s’est inversé…

                                 
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